C'est une pensée qui me traverse régulièrement l'esprit. Jusqu'à présent, je la laissais libre de pénétrer mon esprit et d'en sortir, sans chercher à la retenir. Mais ce soir, elle me revient et j'ai besoin de la coucher.
Le Dieu Deezer a décidé de me passer dans sa folie de playlist aléatoire un vieux morceau de Walls of Jericho dont j'avais complètement oublié jusqu'à l'existence et que pourtant j'aimais beaucoup.
Cela a déclenché une avalanche de questions dans mon pauvre petit cerveau. En autres :
- Qu'est devenu la conne qui m'a fait découvrir ce groupe ?
- Pourquoi j'ai occulté de ma mémoire ce groupe ?
- Pourquoi Candace est aussi énervée ?
- Pourquoi je me rappelle le nom de la chanteuse alors que le nom du groupe et le nom de la grosse conne qui me l'a fait découvrir sont passés dans la trappe de l'oubli.
Après avoir trouvé une réponse approximative à chacune de ses questions (dans l'ordre « je m'en tape » « probablement parce qu'il y avait à l'époque un rapport trop fort dans mon esprit entre WOJ et la grosse conne » « parce qu'elle n'a pas pris sa verveine » « parce que Candace, ça rime avec Chiennasse tout en ayant la racine de Candide, et que c'est un rapprochement troublant »), mon esprit s'est recentré sur la question du hurlement dans l'écriture.
Source de l'image : http://www.weblettres.net/blogs/article.php?w=Jenperdsmonf&e_id=13092
Lorsque j'écris un texte résolument intimiste, je l'écris sur un certain rythme que j'entends distinctement dans ma tête, avec un jeu de voix qui se répondent, s'entremêlent, s'opposent... Un hurlement peut donner la réplique à un chuchotement, une phrase « lyrique » peut se terminer par un mot susurré, à peine inaudible avant de se terminer en cri exagéré de « vieille truie qu'on égorge ». Tout cela est bien calé dans ma tête. (j'en vois certains se demander si il ne serait pas judicieux d'appeler les hommes à la blouse blanche. Rassurez-vous, dans la vraie vie, je suis normale).
Malheureusement, le lecteur extérieur reste hermétique à ma lecture intérieure. Logique d'ailleurs.
Mémé Duras à écrit « Écrire, c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit. » ( Écrire). J'approuve, c'est un bon début, d'écrire sa rage. Mais, n'est-ce pas s'arrêter au milieu du chemin. Hurler sans bruit, ça sonne comme un goût d'inachevé.
Enfant, on passe par l'étude du graphisme (trait, point, spirale...) afin d'apprendre la formation des lettres. Une fois les lettres apprises, on nous assène l'alphabet, la grammaire... Et nous accédons à ce moment à l'état suprême d'être humain lettré , délaissant complètement le graphisme (si si, il n'y a qu'à regarder l'écriture de certains médecins).
Et si nous en revenions aux graphismes pour exprimer les émotions et laissions l'alphabet aux raisonnements.
La communication du cri pourrait-elle passer par un agencement savant (ou pas) de la typographie, un choix judicieux (ou pas) dans le choix de la police de caractère ? Mais au fond, n'est-ce pas que du bricolage ? Et puis comment différencier un cri de rage d'un hurlement de douleur ? Comment le teinter de nuance ?
Et si la vraie question était qu'un texte écrit ne servait à rien si rien ne le fait vivre ? Après tout, rien ne ressemblera jamais mieux à une vocifération, qu'une vocifération elle-même.
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